vendredi 15 août 2014
detail
(un)STEADY, Projet d’installation de trois vidéos
« chorégraphiques » (Film A, B, C) diffusées en même temps et
structurées par une seule et même bande sonore dont la caractéristique est
d’être composée paramétriquement autour d’éléments synchronisés et asynchrones
vis-à-vis des trois films.
film A - Architecture
16/9, 2K, 10mn
Ce film est constitué d’un
plan-séquence réalisé dans la nef vide du Fresnoy à l’aide d’un steadicam. Le
tournage a eu lieu cinq mois avant l’exposition PANORAMA 16 durant la
seule époque dans l’année où la grande
nef Fresnoy était vide. Ce film est un hommage à la technique du
steadicam : l’exploration continue d’un espace vide filmé avec la netteté
ne dépassant pas les 2 mètres, pendant 10 mn. La fin du film, souligné par un
crescendo musical révèle dans un miroir à la fois l’architecture globale mais
aussi le steadicamer.
film B - Mains
16/9, HD, 11mn
Le film B est constitué
d’un montage de plans serrés présentant un ensemble de gestes constitutifs du
travail de montage de l’exposition Panorama 16. Grâce à un travail de cadrage et de montage visant à attendre le geste puis à montrer
sa trace, il s’agit d’opérer différentes découpes kinesthésiques, de manière à
mettre l’accent sur la dimension chorégraphique des
corporéités en jeu.
film C -
Chorégraphie
16/9, 2K, 9mn
Ce dernier film met
l’accent sur la dimension chorégraphique du travail du steadicamer du film A dépourvu de son steadicam filmé par un autre steadicamer. La chorégraphie est
réalisée à partir d’une partition kinesthésique dont le matériau source est
constitué grâce aux mouvements et gestes issus de quinze récits de tournages
réels du steadicamer. Ce travail fut réalisé en studio de danse durant 4 mois.
Des intertitres s’agencent entre chacune des séquences en énonçant de manière
ambiguë des injonctions dont on ne sait qui est l’auteur. Ce film a été tourné dans l’exposition PANORAMA 16 quelques jours
avant le vernissage montrant ainsi en arrière-plan les traces laissées par les
gestes du film B.
Le son diffusé prend appui
sur un travail de mixage intégré au dispositif paramétrique à partir de
prélèvements de la bande sonore de chacun des trois films adjoint à un moment musical. Le traitement
adopté à cette fin vise à mettre l’accent sur la dimension d’abstraction fluide
également adoptée pour la réalisation des films
A et B.
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(un)STEADY :
un glissement du geste technique au geste dansé
L’enjeu d’une activation de l’espace
par des corps (et donc par différents régimes de gestes) est au cœur de ce
travail. (un)STEADY convie ainsi le
visiteur à une expérience qui met l’accent sur certains paramètres structurants
du contexte où a été produit et tourné le projet : le Studio National des
Arts Contemporains du Fresnoy. Cette institution favorise la création numérique
par la production de 40 projets par an, tous exposés dans une exposition
réalisée dans le même lieu. La fiction
qu’active (un)STEADY joue ainsi à la
manière d’un miroir, dont la triple temporalité se noue à une triple
appréhension spatiale, à partir d’un
même espace physique et d’un même privilège corporel et gestuel.
Parmi les nombreux outils de captation cinématographique constitutifs
de la grammaire de la réalisation contemporaine, le steadycam a pour principale caractéristique la fluidité des mouvements
de caméra qu’il permet. Reposant sur un point de vue corporel idéalisé, les
effets générés par l’usage du steadycam
apparaissent comme affranchis de la contrainte gravitaire qui pèse sur tout
corps terrestre dans l’expérience du mouvement. Une telle opération n’est bien
sûr possible qu’à dissimuler ses conditions d’effectuation : le dispositif
technique et kinesthésique complexe qui l’articule. Des mouvements de
l’opérateur naît ainsi une corporéité spécifique proche de celle du danseur. Ce
qui toutefois l’en distingue repose sur deux aspects : d’une part, son travail
suppose un corps à corps homme/machine ; d’autre part, il ne constitue pas
à soi-même sa propre finalité dans le cadre de l’exercice cinématographique. C’est
précisément cette hypothèse qui est formalisée dans le FILM A.
Le FILM A s’aborde de deux manières différentes,
toutes deux chorégraphiques : la première est celle du cadre, une
chorégraphie créée selon une logique d’abstraction faisant droit au mouvement
de l’image, affranchi de toute tutelle narrative ou motivation scénaristique.
L’autre cherche à suggérer le geste chorégraphique nécessaire à la réalisation
du plan.
En effet, Le FILM A cherche l’épuisement
du corps du steadicamer par le vertige d’un plan-séquence, sans possibilités d’arrêter
la caméra à un point qui viendrait justifier l’architecture globale. Au
contraire, l’errance et la divagation rencontrent par la caresse des points de
structures, de soudures, des matières constitutives, éléments aussi
structurants dans la réalité qu’hallucinatoire dans le film.
Ici l’architecture est montrée de manière
« perverse », continuellement dans le « point de fuite » et
révèle que dans ce lieu qu’il n’y a pas tant de place pour le corps. Et cela
loin de ce que l’architecture donne habituellement à voir : la protection,
l’arrêt. Non, cette architecture existe pour elle-même, par elle-même. La camera peut épuiser le monde par sa vision
mais ce monde est montré en réalité inépuisable : au-delà de la résistance du
cameraman. Quand faut-il couper? Quand il s’agit de montrer qu’en réalité le
sujet du FILM A c’est
autant cette « architecture infernale »[1]
tout autant que la corporalité et la chorégraphie nécessaire à la filmer,
invisible derrière la caméra laissant comme unique trace, précisément, l’acte
filmique. La question se pose, qu’est
qu’un steadicamer ?
À rebours des règles inhérentes au
genre de la « vidéo-danse », l’installation (un)STEADY vise à activer le potentiel chorégraphique inhérent au
travail gestuel du steadicamer. Une opération à la croisée de deux régimes
artistiques : film et danse. C’est donc selon
un geste qui hérite implicitement des exigences de la modernité artistique que (un)STEADY instaure un écart délibéré à
l’égard de la convention admise (dissimulation du travail du steadicamer au bénéfice de l’effet
visé). Ce, afin d’embrayer sur la question de la capacité corporelle et
gestuelle, au cœur de tout enjeu chorégraphique. En anglais to be unsteady c’est être instable. Au
contraire de ce que cherche le steadicam, c’est bien ce glissement entre des
disciplines pour le moins « stable » qui est visé ici.
(un)STEADY aborde ainsi la pratique du steadicam selon une double perspective, en
écart avec ses usages conventionnels dans le cadre des grammaires
cinématographiques admises. D’une part, il s’agit d’exhiber la qualité de
fluidité des cadrages sans qu’aucune logique de récit autre que spatial/architectural
n’intervienne (FILM A) et d’autre part, il
s’agit d’exhiber comme readymade assisté chorégraphique les mouvements
nécessaires au travail du steadicamer,
au gré d’une partition gestuelle et kinesthésique (FILM C ).
Le FILM B, met en exergue les
conditions matérielles de montage (construction) nécessaires à la réalisation
des espaces de l’exposition tels que le visiteur les éprouve. Les plans de ce film sont serrés et tendent à
la plus grande abstraction possible. Ils présentent une succession d’actions
(un plan = un geste), orchestrés de manière à engendrer la perception d’une
action globale opérée dans un espace fragmenté : celui du montage
progressif de l’exposition. L’objectif
du travail de montage vise à mettre l’accent sur la dimension d’une
chorégraphie des gestes ainsi cadrés.
Sans réel cheminement narratif, des clefs de
lectures sont cependant mises à sa disposition du spectateur : Ce film B par
sa plastique marginale, questionne. Ce film
« intermédiaire » mais pour autant structurant entre le film A et C,
s’inscrit dans l’œuvre comme étant le film qui suggère de manière indicible une
définition du geste : un mouvement qui succède une intention et qui précède sa
trace.
Gabriel Beckinger
film A - Architecture
16/9, 2K, 10mn
film B - Mains
16/9, HD, 11mn
film C -
Chorégraphie
16/9, 2K, 9mn
Installation
in-situ au Fresnoy pour l’exposition Panorama 16
2014 – StartInArt – Biennale of young art, (un)STEADY, (installation, multi channel
video), Moscow
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